Articles - Carnet de voyage

Saint-Pétersbourg

   Je suis partie là-bas pour des raisons qui ne sont pas nécessairement raisonnables, interpellée par des poèmes d'Anna Akhmatova, imprégnée de folklore de neiges et de danses cosaques que j'adore.

   Mais je suis arrivée dans une ville colossale, aux allures européennes, puisque Pierre-le-Grand en avait décidé ainsi,avec la canicule (39°C)...

   Sans le savoir, j'avais élu domicile dans un des 3 hôtels français (quelle chance !) de la ville, caché au deuxième étage d'un immeuble discret, où il n'y a que 9 chambres (je crois que j'y étais vraiment seule la première nuit, c'était assez étrange).

   J'ai passé des heures à longer l'avenue principale, Nevski Prospekt, sorte de Champs-Elysées russes où déambulent de superbes jeunes femmes, fines, souvent très élégantes, plus ou moins vêtues (plutôt moins, certaines ne portaient qu'une chemise, voire un maillot...), avec souvent des talons très hauts (eh oui ! les Russes ne sont pas grands !). J'ai vu des jeunes faire du jet-ski sur les canaux, une femme portait un simple string... Une ville sans complexedonc, excentrique,exubérante.

   J'ai fait une première balade en péniche, le long des canaux. Tout était somptueux (même si la misère est présente et cachée), mais trop grand et flamboyant à mon goût. J'ai attendu la fraîcheur mais la nuit ne venait pas. J'ai découvert les sublimes lumières crépusculaires des nuits blanches.

   Le deuxième jour, j'ai rencontré Maria, mon guide pour une journée, une jeune femme élégante et cultivée, passionnée par les femmes fortes. Ensemble, nous avons visité l'appartement où vivait Anna Akhmatova,au palais de Cheremetev. La conservatrice, qui parlait très bien français, nous a raconté avec passion la vie de la poétesse avec un de ses maris,Punine, qui vivait également avec sa première épouse sous le même toit, la vie communautaire à l'époque de Staline, le fils en prison, le mari fusillé, la force de l'inspiration, la poésie parfois prophétique...

   J'ai adoré l'église Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé au style néo-moscovite et plein de mosaïques à l'intérieur.

   Le vendredi,au musée russe, je suis tombée en extase devant "La neuvième vague" d'Ivan Aïvazovski (vous auriez adoré l'avoir chez vous, Marie-Aline et Louis-Roland ! Yvan, vivement que tu peignes de nouveau !). Le soir, j'ai assisté à un spectacle de danses folkloriques haut en couleurs et plein d'humour, au palais Nikolaïevski (tapis rouge, champagne, caviar de saumon s'il vous plaît... mais aussi ruée des touristes pour avoir une place en complet décalage avec le raffinement du lieu...).

   Samedi, j'ai retrouvé Maria, qui voulait que l'on se revoie en amies, et qui m'a emmenée à Repino, au Nord de Saint-Pétersbourg, au bord du Golfe de Finlande. Nous avons marché longtemps dans les sapins, entre ombres et lumières, visité la tombe d'Anna Akhmatova, puis nous avons plongé dans l'eau chaude du Lac (et j'avais l'impression de faire corps avec cette nature nordique). Et la pluie s'est mise à tomber...

   Sur le chemin du retour, des jeunes filles se disputaient avec cris et gifles (les Russes semblent assez extrêmes et passionnés). Nous avons repris le train jusqu'à Piter où j'ai mis Maria en relation avec le directeur de l'hôtel, Serge (un homme avec une sacrée histoire, digne d'un roman de Dostoïevski...)

   Dimanche, j'ai visité l'Ermitage, immense et splendide musée où Catherine II avait collectionné de grandes oeuvres picturales (Rubens, El Greco, De Vinci...) avec des salles somptueuses et des oeuvres magnifiques. Puis j'ai voulu me rendre au théâtre Marinski mais je me suis perdue (et se perdre dans les rues de saint-pétersbourg n'est pas une mince affaire...). Quand j'ai demandé de l'aide dans un magasin, une femme m'a proposé deme conduire et, après des dédales de rues (mais oùm'étais-je donc fourvoyée ??), je me suis retrouvée devant ce superbe théâtre (merci les Russes, et mercimon ange gardien), juste à temps pour assister à un très beau spectacle de ballet, "La Bayadère", avec des danseurs exceptionnels. Je repensais à ma passion pour la danse lors de mon adolescence, aux photos du Bolchoï des magazines devant lesquelles je rêvais. Jamais je n'aurais pensé être là un jour. Et j'ai senti fort la présence de ma maman à ce moment-là.

   En sortant, il faisait encore jour malgré l'heure tardive, alors j'ai prolongé ma promenade et j'ai découvert une splendide cathédrale, au bord d'un canal plus intimistes, Saint-Nicolas-des-Marins, toute bleue.

   Lundi, j'ai pris l'hydroglisseur pour  me rendre à Peterhof, domaine grandiose de Pierre le grand, avec un immense parc au bord du Golfe de Finlande (Macha, je n'ai pas vu l'arc-en-ciel), avec des fontaines somptueuses, des cascades, tout un jeu d'eau et de lumières...Des oiseaux venaient se poser sur la main d'une étrange vieille dame, des touristes se faisaient mouiller par des fontaines surprise... Le soir, j'ai mangé au "Chien errant", un cabaret où se retrouvaient Akhmatova et d'autres artistes et intellectuels de l'époque. Il n'y avait pas de spectacle ce soir-là, du moins le croyais-je...Un vétéran de Leningrad (autre nom de la ville), qui n'avait plus de dents mais un sourire d'enfant, m'a invitée à sa table où se trouvait Tatiana (sa femme ou sa fille ?). La serveuse, une étudiante pleine de douceur, servait de traductrice. Je me suis retouvée à danse avec Nikolaï, sur des airs de musique classique, pour signifier l'amitié franco-russe...

   A une heure du matin, j'ai pris le bateau pour assister à la levée des ponts sur la Neva et les autres canaux.Lumières de la ville, couleurs du couchant, nous glissions sur des eaux paisibles, presque atemporelles...Même si un étudiant russe, très heureux de pratiquer son anglais (que je comprenais peu...)accaparait mon attention (sa tante et son cousin en face s'endormaient...).

   Mais dans le fond, cette Russie ne ressemblait pas à l'idée que je m'en faisais. C'est en côtoyant ceux qui l'habitent que je la comprenais enfin. Russie déroutante, séduisante, attachante aussi.

   Je suis rentrée dans la nuit, traversant une dernière fois ces avenues sans fin. Le directeur de l'hôtel, qui rentrait au même instant, était heureux de me parler un peu. Je me suis couchée à 5h, le jour était déjà levé.

   Il faut bien des Nuits Blanches pour aller à la rencontre de Saint-Pétersbourg...